A l’Est d’Eden

Vu l’excellent film consacré à la naissance de Facebook.  Où il est question du grand rêve américain au 21ème siècle et comment, en quelques années, amasser une fortune (papier) de 6 milliards de $ avant l’âge de 27 ans.  Pour mes enfants c’est déjà trop tard.  J’irai revoir le film avec ma petite-fille quand elle entrera au jardin d’enfants.  Autres thèmes de ce thriller juridique et financier : comment lever des fonds, piquer des idées et in fine entuber ses associés.  Welcome to the World !

Aujourd’hui, Halloween.  Nous parcourons les nombreuses salles de Tour et Taxis consacrées au patrimoine commun que nous partageons avec nos cousins du nouveau Monde.  Beaucoup de bonnes intentions à l’Amérique, c’est aussi notre histoire mais difficile de s’intéresser à trop de thèmes à la fois : la colonisation, la guerre d’indépendance, les esclaves, les guerres du 20ème siècle, la société de consommation, la guerre froide, les Tours du 11 septembre.  A trop embrasser …

Dans cette exposition qui se veut culturelle, une seule photo d’Hemingway mais aucune autre référence à la littérature américaine ou à ses grands auteurs du 20ème siècle (Dreiser, Fitzgerald, Steinbeck, Hemingway, Faulkner, Warren, Bowles, Salinger, Mailer, Ellison, Nabokov, Roth, Auster, McCarthy – la liste est longue et j’en oublie certainement quelques-uns parmi les écrivains contemporains).  Aucune mention non plus d’un des mythes les plus controversés en littérature contemporaine, celui du Great American Novel, le grand roman américain.  Celui qui, au moment de sa publication, doit le mieux refléter les aspirations de la société américaine prise dans son ensemble.  Programme trop vaste parce que s’il y a peut-être un rêve américain, il y a en tous cas, depuis une cinquantaine d’années, une multitude d’Amériques.

En Europe on nous sert beaucoup de Hemingway, de Fitzgerald, d’Auster et, depuis quelques années, du McCarthy.  Mon auteur préféré est le très ringard John Steinbeck, surtout connu pour deux romans, le très politique « Les Raisins de la Colère », et ce qu’il considère comme la clé de voûte de son œuvre, « A l’Est d’Eden ».  D’année en année, son succès en librairie ne se dément pas.  Il reste, avec Hemingway et Faulkner, un des auteurs les plus lus aux Etats-Unis et en Angleterre.  Auteur engagé à gauche, il est surtout connu pour « Les Raisins de la Colère » qui décrit les souffrances des «Okies», fermiers dans le Dust Bowl de l’Oklahoma, qui ont migré vers la Californie au-milieu des années 30 espérant y trouver un meilleur sort.  Il n’en a rien été et « Les Raisins » restent à ce jour un des meilleurs pamphlets contre la face inacceptable du capitalisme sauvage.

Tous les libraires d’Amérique ont constaté en 2009 une importante recrudescence dans la demande pour ce roman.  La crise économique et financière que vivent les Etats-Unis n’y est évidemment pas étrangère.  Si Steinbeck avait été vivant aujourd’hui, il aurait été comme un poisson dans l’eau.  Non pas pour nous faire la morale et nous dire : « je vous l’avais bien dit ! » mais parce que, toute sa vie durant, il a été prompt à dénoncer les abus économiques et sociaux.

Malgré un style que certains jugent dépassé, Steinbeck reste extrêmement populaire.  La raison principale avancée par Jonathan Yardley, critique littéraire au Washington Post, ne réside pas simplement dans le fait qu’il ait obtenu le Prix Nobel en 1962.  Ce critère compte relativement peu pour le grand public, que ce soit outre Atlantique ou ici.  La raison de sa popularité réside dans la sincérité des sentiments qu’il exprime tout au long de son œuvre.

Dans « A l’Est d’Eden », l’auteur nous décrit les heurs et malheurs de deux familles pendant trois générations, les Hamilton mais surtout les Trask.  L’action se déroule dans le Connecticut et en Californie, entre les années 1860 et la fin de la première guerre mondiale (1918).  Steinbeck développe ici une série de thèmes tournant autour de l’identité, de l’amour et des problèmes affectifs entre parents et enfants et particulièrement entre les frères de la famille Trask: d’abord Charles et Adam, ensuite Caleb et Aaron.

Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé, et qu’Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. Or Yahvé agréa Abel et son offrande.

Mais il n’agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu.

Yahvé dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ?

Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite;  tu devras la dominer !

Cependant Caïn dit à son frère Abel : Allons dehors, et, comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua.

Yahvé dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ?

Yahvé reprit : Qu’as-tu fait ! Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol !

Caïn se retira de la présence de Yahvé et séjourna au pays de Nod, à l’Est d’Éden …

Walter Benjamin, le chroniqueur allemand a écrit que rien ne ressemble plus à un roman qu’un feu de bûches.  Toute cette construction minutieuse, morceau par morceau, l’un soutenant l’autre dans un parfait équilibre, à quoi donc est-elle destinée ? A être détruite.  Ainsi le roman.  Tous les héros d’un roman se tiennent aussi l’un sur l’autre, dans un parfait équilibre et le véritable but du roman est de les détruire.

John Steinbeck est vraiment un artificier hors du commun.

Publicités

A propos newdavid

La vie est un long fleuve tranquille
Cet article a été publié dans Je lis un livre, Je vais à une Expo. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s