Namibie

Samedi – Accueillis par Damien, chauffeur et guide français de Besançon qui vit ici depuis 15 ans : nous chargeons avec lui la remorque d’une Land Cruiser et c’est parti pour notre petite aventure.  Windhoek ne vaut pas le détour et nous mettons le cap au nord. Au déjeuner, écouté la conversation des locaux dont la langue est un mélange d’allemand, d’afrikaans et d’anglais. Peu de monde sur les routes de ce pays d’un peu plus de 2 millions d’habitants et qui fait une fois et demi la France. Premier lodge et, à l’heure du thé, départ dans le bush où, très vite, nous capturons un roi de la jungle, plus très vaillant après ce qui a peut-être été une sieste améliorée, et un vieil éléphant qui peine à rejoindre sa patrouille. Bon c’est un peu facile d’être tout de suite mis en contact comme cela avec nos amies les bêtes mais nous sommes dans une réserve privée et, après tout, que demander de plus un premier jour de voyage ?  Peut-être un apéro au sundown sur le capot de la voiture, coutume héritée des occupants anglo-boers. Après le diner nous souhaiterons le bonsoir à un rhinocéros noir venu s’abreuver au point d’eau, à quelques enjambées d’où nous allons passer la nuit.

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 Dimanche – Ils viennent aux aurores s’abreuver et faire un brin de toilette au point d’eau devant nos chambres. Springboks, oryx, impalas se déplacent avec grâce et bonne humeur jusqu’à l’arrivée majestueuse de deux éléphants qui provoquera l’affolement général. Un lion, probablement de mèche avec les éléphants, attend à la sortie de la clairière. Il n’a pas encore petit-déjeuné. Départ vers le nord. Photographié cette très belle grille en fer forgé à l’entrée de notre prochaine étape. Fin octobre, c’est le début de ce qu’on appelle la petite saison des pluies : le ciel se couvre vers 14 heures et cela produit quelques averses en fin d’après-midi. Excursion l’après-midi pour traquer les léopards. Ils portent des tags parce que s’ils s’égarent et sortent de la réserve, les gardiens doivent pouvoir les récupérer avant qu’ils ne se fassent tirer comme des lapins par les fermiers. Moment sympathique avec cette femelle de 18 ans qui semble avoir déjà tout vu.

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Lundi – Visité les guépards recueillis par AfriCat, ASBL qui prend sous sa protection les orphelins, les soigne et prépare leur réintroduction dans ce qui devrait être leur habitat naturel. Le guépard c’est le lévrier du milieu sauvage, sur courtes distances l’animal le plus rapide de la terre. Il mesure 1,80 à 2,20 mètres de longueur pour une taille au garrot de 80cm. Quarante kilos bien mouillé, l’animal n’est pas costaud. On les recueille quand il arrive malheur à leur mère mais aussi lorsque, plus âgés, ils ont été capturés par des fermiers qui décident de ne pas les abattre. C’est le Far West ici, les agriculteurs montent vite sur leurs grands chevaux et ceux qui ont la gâchette moins facile c’est parce qu’ils ont probablement été sermonnés par leurs enfants qui à l’école apprennent autre chose que la loi de la jungle. Une mère guépard a besoin de deux années pour enseigner à sa progéniture quelles proies poursuivre et comment porter l’estocade. Le personnel apprend à repérer ceux qui pourront un jour être relâchés. Les plus faibles seront cantonnés aux rôles d’ambassadeurs à la cour des touristes et à celles des écoliers.

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Mardi – Départ à 6h30 pour visiter le Parc National d’Entosha (22.000 kms carrés). Bien emmitouflés : les premières heures sont fraîches dans cette partie du monde. Le parc ouvre à 7 heures et au début toutes les voitures qui entrent ici se la jouent «  Fous du Volant ». La pièce de résistance, c’est le lac salé asséché où l’on aperçoit à l’horizon une vaste mer intérieure, mirage dont les verts et bleus se confondent avec toutes les gammes de beige et de gris. Rencontré nos premiers zèbres qui portent fièrement leurs codes génétiques. Deux grandes familles chez ces équidés, ceux qui se promènent dans les plaines et ceux, plus bariolés, qui se transportent de la manière la plus gracieuse qui soit dans les collines rocailleuses. A cinquante mètres, deux lionnes repues des restes d’une girafe qui a dû trébucher hier en soirée. Chacals et vautours patientent et attendent leur tour. Pas très loin, des autruches se donnent en spectacle. Retour à 11 heures au Lodge où il fait plus respirable. La faune se disperse vers les buissons ou en-dessous des arbres. Sursis généralisé de 6-7 heures en attendant le retour des prédateurs.

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Mercredi – Au point d’eau, antilopes et zèbres lancent des regards furieux vers deux lionnes affalées à l’ombre, à une vingtaine de mètres de la mare.  Elles ont laissé là les restes d’une girafe dont elles ont arraché le cou.  Nous traversons le parc d’est en ouest.   Croisé au bord de la piste un chacal confortable dans un pneu de fortune, deux mangoustes digérant sans doute quelques reptiles et un éléphant marchant au son d’une musique rendue célèbre par Robin des Bois.  Rencontré aussi deux lions et plusieurs de leurs compagnes cherchant un peu de frais.  L’un de nous a-t-il eu un regard désobligeant à l’égard d’une des lionnes ?  Toujours est-il que, en l’espace de quelques secondes, les 4 fauves ont fait mine de tendre leurs muscles et nous avons eu droit à un « rram » collectif bien senti.  Le plus sage fut de tout de suite battre en retraite. Plus loin, cérémonie du bain de tout un troupeau d’éléphants qui valait largement le détour.  Arrivée en fin d’après-midi à Andersson’s Lodge à l’entrée sud ouest du Parc.

On lui donnerait le Bon Dieu sans confession

Jeudi – Direction le Damaraland (nord-ouest du pays).  275 kms de route dont 110 kms de piste.  Déjeuner à Palmwag et, à 15 heures, départ pour pister un rhinocéros noir en compagnie de Philémon, un des 6 trackers locaux agréés par l’Administration.  Nous quittons la route pour faire du hors piste et suivre le cours d’une rivière asséchée.  Paysages extraordinaires où se côtoient d’énormes mesas qui nous remettent à 132 millions d’années d’ici, quand le continent sud-américain s’est fait la belle. Première rencontre avec des pachydermes du désert. A manier avec prudence, parce que contrairement à leurs cousins d’Etosha, les éléphants tout à fait libres n’ont pas l’habitude de voir passer des voitures.  Un jeune mâle fait le pitre, pique une rote d’ado et tente de nous charger. Nous attendons de longues minutes qu’il se calme et, après avoir repris notre route, nous tombons presque nez à nez avec notre rhinocéros noir. Myope comme une taupe, le rhino est doté d’un nez très creux et a de bonnes oreilles.  Comme nous sommes contre le vent et que nous faisons silence, il passera à quelques dizaines de mètres de nous sans faire de chichis.  En principe nous sommes bien protégés dans la voiture dont nous avons rabattu le toit. Je me garde bien de dire qu’en voyant le rhino se diriger vers nous j’avais le cœur dans les godasses.

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Vendredi –  Roulé plus au nord encore vers Purros dans le Kaokoland.  Nous quittons progressivement le Damaraland croisant les suspects habituels qui se sont donné rendez-vous pour pavoiser: autruches, zèbres, les deux grandes familles Bok (Springboks, Steenboks), quelques girafes, un ou deux gnous. Après Sesfontein, nous remontons le lit asséché du Hoanib qui, les années de bonne pluie, coule vers l’Atlantique entre des rangées de montagnes plus impressionnantes les unes que les autres. Région bien pourvue de lions sauvages, à telle enseigne qu’on a tourné ici pendant 3 ans « Les Cinq Mousquetaires » qui est sorti cette année dans les salles.  Histoire d’une mère lionne et de ses 4 lionceaux (prévoir mouchoirs).  Nous faisons route dans une immensité vide et inhospitalière jusqu’à Purros (à +/- 200 kms du fleuve Kunene et de la frontière angolaise. Accueil charmant de deux bambins à l’entrée de la ville, une centaine de cabanes rassemblées dans le sable autour de l’église et d’une buvette qui s’appelle Manchester United FC.  Le progrès s’est arrêté.

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Samedi – Purros donc, son sable et ses cailloux.  Logés en périphérie dans de belles bâtisses en pierre qui se fondent dans le basalte brun et noir de la montagne, avec comme seules compagnes trois girafes pas très emballées par notre présence.  Excursion le matin vers l’inhospitalière Côte des Squelettes sur l’Atlantique : nous longeons le Hoarsib qui a repris des couleurs après quelques pluies récentes. Plutôt inhabituel ce taureau qui broute paisiblement le long du cours d’eau.  Malgré sa taille imposante, nous nous ferons du souci pour lui lorsque, plus loin, nous relèverons les traces fraîches d’une lionne qui semble se diriger à toute vitesse dans sa direction.  Ché sera … Nous quittons les berges, bifurquons à gauche et entamons notre traversée du désert.  Ici, de part et d’autre de la vallée, s’élèvent de gigantesques mesas qui sont nées des cataclysmes d’il y a 132 millions d’années, quand s’est disloquée Gondwana, la mère de tous nos continents. Le processus s’est accompagné d’explosions volcaniques dont les traces restantes sont ces monumentales tables montagneuses (« Etendeka Plateaus ») qui nous entourent.  Damien, tout excité de n’avoir jamais fait ce parcours, passe la première et emmène la Land Cruiser dans la plus raide des pentes pour nous conduire tout en haut d’un promontoire. C’est bien plus que quarante siècles que nous contemplons et mes pensées vont à Neil Armstrong et Buzz Aldrin.

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Visité, l’après-midi, des pasteurs nomades himbas (population estimée : 25.000 répartis entre la Namibie et l’Angola).  Ils campent dans leur « kraal » qui prend la forme d’un cercle protégé par des barrières de fortune pour éloigner les prédateurs.  Les jeunes adultes s’occupent de trouver des zones de pâturages pour leur bétail et laissent derrière eux, pour des durées plus ou moins longues, femmes, enfants et vieillards.  Ils ont conservé leurs coutumes séculaires : le seul habit des femmes est une jupette en peau de chèvre et elles s’enduisent d’ochre rouge pour se protéger du soleil et des moustiques et aussi pour s’épiler.  Au milieu du kraal se trouve le feu sacré où nous sommes présentés aux Sages du village qui conduisent les affaires du camp. Nous payons notre écot en achetant des bibelots sculptés, ce qui alimentera la caisse du village.  Les Himba vivent plus ou moins en autarcie mais doivent vendre chèvres et moutons pour eux-mêmes acheter les produits de base qu’on ne trouve qu’en magasin.  Un pasteur himba ne se sépare pas de son bétail, transmis de génération en génération. Parce que le nombre de vaches qu’il détient détermine son rang dans la Société et que posséder du bétail est indispensable pour prendre femme. Pour l’heure, la femme est cotée à 10 bovins.

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Garth Owen-Smith, Sud-Africain de 72 ans, est un des pionniers de la protection de l’environnement et de la faune en Namibie. Bien avant tout le monde, il a compris que, si les revenus du tourisme échappent au contrôle des communautés locales, il sera impossible d’endiguer le braconnage. Il décrit dans ses mémoires, An Arid Eden – a Personal Account of Conservation in the Kaokoveld, cinquante années de combats contre la centralisation, la corruption et les passe-droits (le nord-ouest de la Namibie a longtemps été chasse gardée des hommes en place à Pretoria). Mais le plus important, le plus difficile et le plus enthousiasmant pour lui a été à la fois de former et responsabiliser les dirigeants des communautés pastorales sur des principes de gestion, tout en convainquant les fonctionnaires de mettre en place des règles de décentralisation.

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Bien gérer, c’est d’abord comprendre comment faire paître le bétail sans épuiser les sols. Ensuite c’est faire respecter les limites des territoires réservés aux espèces sauvages. Finalement c’est comprendre qu’un prédateur vivant devrait, grâce aux revenus du tourisme, rapporter vingt fois plus que l’ivoire ou la corne de rhinocéros. Hormis les parcs nationaux, les terres ici appartiennent aux communautés locales. La gestion s’exerce au travers d’associations (« Conservancies ») qui sont tenues d’être agréées, d’établir un plan financier et de rendre des comptes. Elles engrangeront des revenus en négociant des partenariats avec les opérateurs privés et en gérant au mieux les stocks de faune, ce qui implique de temps à autre d’accorder cher et vilain des permis aux chasseurs de trophées tant décriés dans notre presse bien pensante. Mais il n’y a pas que le tourisme, il y a aussi les éleveurs et le souci constant de protéger le cheptel contre les prédateurs, sans recourir au fusil de chasse. Une partie des budgets devra donc être affectée aux barrières et aux systèmes d’éclairage aux alentours des fermes, au creusement de puits artésiens qui canaliseront les déplacements des prédateurs et à la surveillance et au suivi des lions et des rhinocéros, produits d’appel par excellence.

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Dimanche – Retour à Palmwag.  En contemplant les étendues de caillasse, difficile d’éviter une réflexion sur le régime de l’apartheid (le pays a été sous mandat sud-africain entre 1915 et son indépendance en 1989).  Trop souvent, devant nos télévisions chez Papa et Maman, nous avons ramené la ségrégation à des histoires d’interdictions d’accès aux toilettes, dans les bus, aux piscines, sur les plages, dans les magasins et d’autres endroits ou gens de toutes conditions se rencontrent.  Nous venons de passer plusieurs jours dans le nord ouest dans (a) le « Damaraland » et (b) le « Kaokoland », régions créées de toutes pièces par Pretoria dans les années 1970 pour y loger exclusivement les Damara (a) et leurs cousins, les Himba (b).  A l’époque de l’apartheid, les blancs ont dû dégager d’ici pour que ces zones administratives ne soient peuplées que par des gens de la même race.  Tout cela comme monnaie d’échange pour la minorité de fermiers blancs, propriétaire de grandes fermes dans le sud du pays.  Comme l’Afrique du Sud était garante de la stabilité politique de la région face aux Communistes soutenant les régimes en Angola et au Mozambique, les Américains et les Européens ont fermé les yeux jusqu’à l’effondrement du bloc communiste, la libération de Nelson Mandela et l’indépendance de la Namibie.  On ne refait pas l’histoire mais en roulant sur ces pistes désertiques, je comprends mieux l’énorme mensonge d’avoir prétendu que les populations bantoues noires pourraient assurer leur développement économique en se réappropriant et en cultivant toutes ces terres.  Dans le nord-ouest, il n’y a pas de « terres » cultivables par qui que ce soit mais uniquement de la caillasse et du sable sur lesquels était bâtie cette monstrueuse idéologie.

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Lundi – Il fait trop chaud pour s’extasier devant les gravures rupestres qui remontent peut-être à 6.000 ans.  Rejoint un nouveau Lodge à Twyfelfontein à proximité d’une source dont le débit n’est jamais régulier.  Excursion à 16 heures dans un paradis pour géomorphologues où le relief est en schiste gris surmonté de grès rose.  Taillé une bavette avec ce berger, au milieu de 136 chèvres, qui nous apprend que les lions sont passés il y a deux semaines et qu’en poursuivant, nous devrions retrouver des éléphants un peu plus loin dans le lit de la rivière.  Difficile d’imaginer le débit d’ici deux mois, sauf à regarder de plus près les troncs d’arbres et tout ce que les dernières crues y ont laissé.  Le vent souffle fort, comme sur la plage d’Ostende, si ce n’est que l’horizon ici est parsemé d’acacias, d’ébènes et de poivriers. Nous poursuivons nos recherches pour finalement débusquer une maman éléphant et son petit qui se sont mis à l’abri des éléments.

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Mardi – Longue route vers la côte atlantique.  Arrêt touristique pour photographier des dames Herero à qui nous achetons quelques belles petites poupées.  Les Herero, contrairement à leurs cousines Himba, ont suivi à la lettre ce que leur enjoignaient les missionnaires au 19ème siècle : s’habiller de la tête aux pied pour éviter de prendre froid.  Photographié cette très belle dame toute de mauve vêtue dont le sourire timide est charmant jusqu’à ce que j’aperçoive un frottement de pouce et d’index.  Il n’y a pas qu’à Venise qu’on marchande mais c’est de bonne guerre et je n’aurai d’autre choix que d’obtempérer.  Swakopmund, ville allemande de 20.000 habitants, ses dunes, ses salons de thé et ses petits commerces où on n’a envie de rien acheter.  Promenade sur digue le long de villas dont les fenêtres sont protégées par des barreaux, toutes entourées de murets surmontés de fils barbelés.  Il est vrai que nous sommes en Sud Afrique, que l’administration de Pretoria a laissé des traces et qu’ici les compagnies d’assurances font la loi.  Un léger brouillard nous casse tout à coup le moral après notre magnifique voyage de 2600 kms.  Les cornes de brume nous ramènent à la réalité.

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Mercredi –  Walvis Bay, ancien protectorat anglais, 30 kms plus au sud.  Nous partons en mini-croisière accompagnés par une escadrille de pélicans.  Direction les otaries qui montent la garde près d’un phare logé au bout de la péninsule.  Activité portuaire impressionnante où sont sous-traitées de nombreuses affaires sud-africaines et angolaises.  Belles photos des pélicans qui font la course avec les goélands du Cap.  Après-midi dans le désert du Namib.  Trente kilomètres de plage que nous parcourons dans un temps extraordinaire : grand ciel bleu, pas un nuage à l’horizon, très beaux contrastes.  Pic Nic à côté d’une grande dune en bordure de mer que nous escaladons malgré notre grand âge.  Retour à Walvis Bay par des montagnes russes qui nous donnent le vertige.  Diner le soir dans l’ancienne gare désaffectée de Swakopmund.  Notre guide nous quitte demain et nous sommes tristes que nos chemins se séparent.  Il a mis au point un programme de visites varié où pas un instant nous ne nous sommes ennuyés.  Bon vent, Damien Morel !

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Jeudi – A six dans deux petits avions.  Décollage de Swakopmund et vol d’une heure quarante vers Sossus Vlei vers le sud-ouest.  La côte des Squelettes porte bien son nom : épaves ensablées, carcasses d’otaries, plus aucune activité humaine.  Les dunes commencent à prendre des couleurs : le sable apporté par le vent se dépose en masse au flanc des reliefs riches en oxydes de fer, l’importante humidité apportée par brouillards et brumes nocturnes fait le reste et l’ochre teinté de rouge devient la couleur dominante du paysage.  Transfert au Lodge et promenade safari en fin de journée.  Descente d’un grand canyon avec notre sympathique guide, Richel, à qui nous expliquons, au moment de l’apéro, que nous sommes tous mariés depuis plus de 35 ans.  Abasourdie, elle nous explique que son rêve le plus cher est de trouver chaussure à son pied mais, à 29 ans, elle doit encore aider à la maison.  Elle est l’aînée parmi ses frères et sœurs et elle a … 14 belles-mères.  En Namibie, la polygamie est une raison, parmi d’autres, de la propagation importante du VIH au sein des populations nomades.  Dîner à la belle étoile.

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Vendredi – Debout à 4h50 pour le classique des classiques, la dune 45 de Sossus Vlei, j’ai nommé le Grand Daddy.  Alors on ne vous fera pas croire que nous sommes montés au sommet mais nous avons néanmoins obtenu l’accessit en escaladant un « bras » de la bête.  Arrivée au site vers 7h30 et passage aux toilettes du parc : comme ailleurs en Namibie elles sont propres, il y a du papier, des éviers et de l’eau courante, pas comme la plupart des toilettes le long de nos autoroutes européennes.  Nous laissons chaussettes et chaussures dans la Jeep et nous attaquons la crête de la dune dont la base se trouve à moins d’un kilomètre du parking.  C’est très étroit : à gauche comme à droite, c’est le précipice.  Je ne souffre pas de vertiges mais, au cours de la montée, je ferai attention de ne pas regarder en bas. Au bout de quarante minutes, on décide qu’on en a fait assez, une ou deux photos et puis on descend à flanc de dune comme dans de la poudreuse.  Presque le meilleur moment du voyage.

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Repris deux avions à 14 heures pour un vol très court vers notre dernier Lodge du voyage à Wolwendans, plus encore au sud-est.  Accueillis à la piste par Reinhardt, notre sémillant chauffeur et guide.  Le soir, dîner à la table d’hôte de 14 personnes.  Nous sommes assis à côté d’un sympathique duo de gestionnaires de fortune.  Lui est Gréco-Suisse Allemand, habite Lausanne et elle est Française et vit à Zürich.  Ils sillonnent le pays en mini-van pourvu d’un matelas sur le toit qui, à l’arrêt s’érige en tente où, quand ils ne sont pas dans des Lodges, ils passent la nuit en camping.  Les autres convives à table sont Français, Namibiens et Américains.  Les Namibiens sont fermiers dans l’Est du pays et ne sont pas tendres envers les animaux sauvages.  Je devrais avoir le courage de m’asseoir avec eux, de leur parler d’AfriCat, mais, en fin de repas, je préfère changer de place et aborder les Américains parce que we need to talk about Donald

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Samedi – Reinhardt est Herero.  Il a un sourire enjôleur qui masque son désespoir d’être séparé de sa fille de 15 ans qui loge en pensionnat et dont il ne pourra vraisemblablement pas assurer une éducation supérieure, faute de moyens.  Son pisteur, Alfred, est Bushman.  Ils ne se comprennent qu’en Anglais ou en Afrikaans.  Comme les Damara et les Nama, les Bushmen parlent une langue à « clic » où les différentes interactions entre la langue et le palais changent le sens des mots et de leurs phrases (un peu comme les différentes intonations utilisées en Mandarin pour un même mot).  Promenade fascinante de plus de quatre heures ce matin avec nos deux amis qui, exemples à l’appui dans ce Jardin Extraordinaire, nous offrent des master class sur la vie sexuelle des araignées blanches, les techniques employées par les scarabées pour se protéger de la chaleur du soleil et comment les arbres libèrent des substances odorantes pour éloigner les girafes.  Nous soupçonnons Alfred d’être chamane : avant de procéder à ses explications très didactiques, il entonne toujours une incantation dans son sabir pour amadouer, autant que faire se peut, araignées et scarabées qu’il déterre.  Liturgie similaire mais avec variantes lorsqu’il clôture ses exposés.  Soleil brûlant et brise fraîche en cette belle matinée estivale de novembre. Nous sommes au terme de notre voyage et, vous l’avez compris, nous sommes sous le charme de la Namibie.

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Voyage conçu par Damien Morel, Windhoek et TraceDirecte, Grenoble.

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La vie est un long fleuve tranquille
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4 commentaires pour Namibie

  1. gvw dit :

    Magnifique David! Tu continues à nous faire rêver. Bravo aussi pour ton érudition sans limite. On voit que tu prépares tes voyages à l’avance avec de saines lectures. Amitiés.

    Gauthier

  2. janie LAVIOLETTE dit :

    j’ai revécu, grâce à tes commentaires érudits ce voyage que j’avais effectué en 1999 en plus du Botswana et Zimbabwe – continue à me faire rêver, tes reportages sont magnifiques, quel talent !
    Amicalement
    Janie LAVIOLETTE
    (voyage commun en IRAN)

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