Harar, Ethiopie

Début octobre 2016

Lundi – Départ d’Addis-Abeba pour le Rift. Très beaux paysages où la verdure flotte dans une mer de basalte noir. Surpris au cours de notre premier arrêt cette grand-mère très mélancolique, perdue dans ses pensées.

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Rencontré plus tard au bord de la route ces jeunes filles pas du tout farouches. L’aînée (2ème à partir de la droite) tient un iPhone dans sa main gauche et poste notre passage sur Facebook.

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Nous sommes sur la route de Djibouti, le seul accès maritime de l’Ethiopie. Déjeuner chez Madame Kiki au buffet d’une ancienne gare qui était l’endroit à la mode des cheminots d’outremer qui travaillaient aux Chemins de Fer Franco-Ethiopiens.  Arrivée au Parc National d’Awash où nous passerons la nuit à côté de chutes aussi bruyantes qu’impressionnantes. Vers la fin de l’après-midi, petite excursion pour voir la faune locale. De lion de Judée point, par contre énormes crocodiles aux bas des chutes : brrr ! Sommeil léger dans un lodge où les matelas doivent dater de l’occupation italienne.

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Mardi – Longue route mardi vers Harar (300 kms entre 2000 et 2500 mètres d’altitude). Paysages somptueux : les mescals sont en fleurs, la montagne est couverte de vert et de jaune et tout cela est beau à chanter. Harar et sa région ce n’est plus l’Afrique mais plutôt le Yemen qui est à moins de 300 kms d’ici. C’est aussi La Mecque des pauvres, 4ème ville sainte de l’Islam. En cette heure avancée, peu d’activités au marché de la vieille ville. Promenade intra-muros dans ces ruelles étroites et premiers contacts avec les autochtones, surtout des femmes enroulées de pièces d’étoffe multicolores éblouissantes. Elles vont et viennent à vive allure en portant sur leurs têtes des paniers ou des chiffons remplis de papayes, de beignets, de lentilles ou de goyaves.

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Nous nous dirigeons vers la prétendue maison de cet étrange commerçant qui, les dernières années de sa vie, avait ici pignon sur rue et vendait dans cette partie du monde casseroles, café et, très accessoirement, quelques fusils. Mais Arthur Rimbaud est surtout connu pour son oeuvre prodigieuse produite à un âge où on n’est pas sérieux. Bal des Pendus, Première soirée, Ma Bohême, j’en passe et des meilleurs, tout cela écrit avant ses 16 ans. Un père absent, une « mother » qui ne comprend rien, un environnement provincial  où il étouffe, alimenteront très tôt une fureur qui le portera aux plus hauts sommets de son art. Il a du vent dans les semelles, Arthur : il quitte l’école à l’automne de 1870, part découvrir Paris et sa Commune et construit très vite une conscience politique et sociale en s’intéressant à la pauvreté, l’enfance démunie, les orphelins affamés.

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Tout bascule en 1871. Alors qu’il a déjà beaucoup écrit, mais pour ainsi dire rien publié, il confie à son ami Demeny qu’il ne se reconnaît plus dans la voie qu’il s’est tracée. Mais quand bien même il aspire à tout autre chose, c’est le récit discipliné, pour ne pas dire classique, d’un voyage maritime qui lui ouvrira les portes d’un cercle très fermé.  Il y rencontrera un compagnon d’infortune qui sera foudroyé par tant de beauté et de talent.

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Sa relation de deux ans avec Paul Verlaine sera violente et tout ce qui mènera à leur séparation s’apparente à un chemin de croix. Quelques pièces de prose poétique (Les Illuminations) rédigées juste avant et juste après son testament littéraire (Une Saison en Enfer).  A partir de 1875, Rimbaud estime qu’il a fait le tour de la question.

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Cinq ans de voyage ensuite, brièvement dans les Indes néerlandaises, retour en Europe, et puis en Suisse, à Chypre et finalement dans le sud de la Péninsule arabique où il se met au service d’un grossiste français à Aden qui l’enverra tenir la succursale ici à Harar.  Il a passé les dix dernières années de sa vie entre Aden et l’Ethiopie et nous a laissé une abondante correspondance … commerciale.  Quelques lettres aussi à Charleville, à ses chers amis (sa mère et sa soeur) où il ne sera jamais question de poésie mais de difficultés, de contingences et de ce voyage à Zanzibar qu’il ne fera jamais.  Un homme tourmenté mais (peut-être in fine) en paix avec lui-même.  Il rentre au pays en 1891 et meurt des suites d’un cancer à Marseille.  Il avait 37 ans.

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Ce n’est pas la maison où il a vécu que nous visitons mais une espèce de villa à colombages réaménagée en musée où pendent aux murs des reproductions de photographies prises par Rimbaud ici et, sans doute pour éduquer nos amis d’Outre-Manche, des extraits de Drunken Boat et A Season in Hell ! 

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Avant de poursuivre notre route, moment émouvant où l’une d’entre nous récite de mémoire une des oeuvres du poète. La vue des toits n’est pas terrible et la maison est (un tout petit peu) décevante.  Par contre beaucoup de plaisir à notre retour de voyage en compagnie de: Rimbaud en Abyssinie d’Alain Borer, Œuvres poétiques de Cecil Hackett et Correspondance d’Arthur Rimbaud commentée par Jean-Jacques Lefrère.

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A défaut de mosquées, nous visiterons, tout près de là une église octogonale dans la partie haute de la ville.  Nous repartirons par les remparts troués à leurs bases pour que, entre chien et loup, les hyènes puissent entrer et débarrasser la ville de ses ordures ménagères.  Harar donc, étape obligatoire pour qui veut découvrir une facette moins connue de la Rimbaldie.  Harar où André Provost voit Rimbaud parler à ces femmes assises devant leurs marchandises abritant leur profil de madones de Giotto sous un parasol de joncs … (repris à Borer).

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Que penserait Arthur Rimbaud de notre Société, s’il revenait en cette fin d’année 2016 ? Serait-il émerveillé par les opportunités qu’offre la libre entreprise ou scandalisé par les inégalités qu’elle produit ? Notre héros a campé plusieurs personnages.  Le Rimbaud des débuts, celui qui a écrit Les Affamés, serait indigné et très en colère.  L’amant de Verlaine serait lui plus détaché (la morale n’est-elle pas la faiblesse de la cervelle ?).  Et le Rimbaud éthiopien n’aurait cure, trop occupé à ses activités de tour operator.  Indignons-nous.

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La vie est un long fleuve tranquille
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