Manhattan

Dimanche. Aéroport JFK, 14 heures. Pour rejoindre le centre à mi ville, il faut traverser la Jamaïque et se faufiler entre quelques grands cimetières du comté de Queens. Pierres tombales à perte de vue. En ce lendemain de Sabbat, deux personnes perdues dans leurs pensées se recueillent côte à côte devant deux sépultures. La voiture redémarre, la photo aurait été magnifique.

NYC

Manhattan présente une morphologie en « U » : deux groupes de gratte-ciels s’affrontent aux extrémités de Chelsea, Greenwich et de l’East Village … autant d’endroits cossus où le temps suspend son vol entre commerce et showbiz à mi ville et les quartiers financiers de downtown. Voilà pour la coupe. Pour le plan, l’essentiel est de comprendre que les avenues vont du nord au sud, qu’elles sont entrecoupées à angle droit par des rues, que la plupart des artères n’ont pas de noms mais sont numérotées et que, pour faciliter la vie des facteurs et des taximen, la 5ème avenue fait office de méridien. Jadis, c’est dans les quartiers Est que se retrouvait la bonne société de la ville, plutôt Uptown en face d’un parc où vivaient les filles chères à Billy Joël, blanches, anglo-saxonnes, juives ou protestantes. Mais maintenant cette ville est surtout multicolore et on y retrouve les nationalités et les croyances du monde entier. America « first », anyone ?

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Sitôt passés le fleuve, étonnement devant la démesure de Gotham City où Trump Tower a supplanté City Hall et où les enfants du Joker prétendent régner sans partage. Nous sommes rendus à la 57ème rue entre les 6ème et 7ème avenues. J’avais réservé dans les étages supérieurs parce que le site de l’hôtel faisait miroiter une vue imprenable sur le parc. 21ème étage ok … mais la perspective c’est un peu comme les vues « mer » à la Côte quand on n’est pas tout à fait sur la digue. Mise en jambes soft pour notre première excursion au cours de cette journée de 30 heures : la descente vers Times Square jusqu’à la 42ème. Les grands classiques inusables pavoisent (Cats, Le Roi Lion, Miss Saigon). Times Square, ses écrans géants, ses hôtesses poitrines à l’air peintes en étoiles et rayures, et ses touristes qui ne parlent plus que le Siri. Impression un bref instant d’être largué.

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Lundi. Si Broadway a donné son nom au quartier des spectacles, elle est avant tout la plus ancienne et la plus longue des avenues de Manhattan. C’est la seule route qui coupe Midtown en diagonale et, lorsqu’elle croise la 5ème avenue à hauteur de la 23ème rue, cela crée un angle très aigu qu’est venu combler un extraordinaire fer à repasser de 89 mètres de haut. Il faut venir au Flatiron par le nord, confortablement installé dans la partie supérieure d’un bus à impériale où, à l’approche de cette merveille architecturale, vous imaginerez Léonardo DiCaprio avançant vers vous prenant la pose sur la proue d’un paquebot qu’on disait insubmersible.

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Un peu plus bas à l’intersection de la 15ème rue et de la 10ème avenue. Nous sommes à côtés du Whitney et nous allons remonter vers la 34ème rue par la High Line, la promenade verte des New Yorkais. Nous traversons la Meat Packing District pour rejoindre le nord de Chelsea et c’est magique quand bien même cela construit à tours de bras tout autour. Belles perspectives sur Henry Hudson ou encore vers l’Empire State Building. Repris un autre bus anglais et nous remontons Central Park vers l’Université de Columbia, la tombe de Grant et le Comté de Haarlem. Un peu déçus par la taille de l’Apollo Theater où toutes les grandes stars noires se sont produites au début de leurs carrières.

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Retour sur Central Park East. Nous sommes ici pour 3 jours ce qui est amplement suffisant pour visiter quelques grands classiques de la ville : le Guggenheim, le Met et la Collection Frick (ces musées sont situés à Central Park East). Ajoutez à cette liste la MoMa (Museum of Modern Art) qui est située 55ème rue près de la 5ème avenue. Pourquoi une visite au musée est elle un calvaire ? Parce que, très souvent, on passe dans les salles sans comprendre le contexte de ce qui est exposé. Or, visiter une exposition ou une collection sans se faire expliquer le pourquoi et le comment c’est une punition et c’est dangereux pour le moral. La prochaine fois, prenez 45 à 90 minutes, pas plus, choisissez un thème ou limitez-vous à une période et prenez un audio-guide. Ici à NY, ils sont de qualité et fonctionnent aussi en français. New York a les plus beaux musées du monde : (a) les curateurs et les commissaires ont de l’espace à revendre qu’ils utilisent à bon escient pour mettre en valeur les œuvres qu’ils exposent, (b) tout est fait pour expliquer le contexte de ce qui est exposé et (c) ils ont des restaurants qui permettent de reprendre des forces entre une promenade et une visite.

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Premier arrêt au Guggenheim. Frank Lloyd Wright a donné à ce bâtiment un mode de fonctionnement ludique : les ascenseurs vous déposent au 6ème étage et vous parcourez une seule galerie qui épouse la forme intérieure du bâtiment et descend en colimaçon jusqu’au rez-de-chaussée autour du puits de lumière central. L’exposition permanente fait la part belle aux modernes du 20ème siècle (Kandinsky, Klee et toutes leurs cliques). Une salle réservée à Brancusi qui vaut le détour. Visite plus classique ensuite au Met qui est juste à côté. Magnifique exposition consacrée aux Qin et aux Han qui faisaient la pluie et le beau temps dans l’Empire du Milieu au moment où, chez nous, le pouvoir était concentré à Athènes et à Rome.

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Mardi. Nous retournons vers les cours et tribunaux du bas de la ville, pour nous promener ensuite parmi les anciennes pierres tombales de Trinity Church. C’est la campagne anglaise et à un jet de pierre d’où nous avions pris un verre au sommet d’une des deux tours du World Trade Center. C’était en 1982. Nous ne sommes pas « pèlerinages » mais je suis content d’avoir suivi le conseil d’un des rabatteurs de la compagnie des bus qui, ce matin, nous a enjoints de faire un détour à pied par les bassins à débordement du 11 septembre. Des « reflecting pools » où, dans un climat pas du tout morbide, chacun prend un moment et réfléchit à l’insoutenable légèreté des choses. Nous sommes ici pour un mariage de famille. Lors de nos différentes conversations, nous avons dit que nous avions fait la tournée des grands ducs. Et à chaque fois la même question revient : « Oui, mais avez-vous fait Ground Zero ? ».

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Et après s’être fait ou non une raison, nous poursuivons sur Broadway vers Broad Street, Canal Street et Wall Street. Le coin où la Morgan fait face au temple de la Bourse ressemble à Beyrouth en temps de paix : chevaux de frise, blocs de béton et agents de sécurité armés jusqu’aux dents. Etonné de voir qu’ici, dans le bas de la ville, tout le monde semble porter le même uniforme (pantalon foncé, chemise claire). L’habit ne ferait-il plus le moine ? Mes espions me laissent entendre qu’en ces temps dématérialisés il ne subsiste dans le Wall Street post-attentats que les back office des grandes institutions financières, quelques organismes de contrôle et que les instances dirigeantes et commerciales de ces établissements ont toutes migré vers Midtown …

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Ce qui vaut le voyage quand on va à Brooklyn ce sont les vues fabuleuses qu’on a de Manhattan Bridge vers le pont de Brooklyn et vers les tours de Downtown. Nous ne faisons que passer à Brooklyn et nous ne pouvons pas en dire grand chose : relisez donc Paul Auster. Retour vers Midtown en-dessous des chaussées qui longent les quais. Parfums de Serpico, Kojak et NYPD Blue. Nous remontons ensuite 1ère Avenue jusqu’à Midtown où il faut prendre quelques instants devant le très beau bâtiment de ce qui était avant la Société des Nations.

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Ensuite une heure et demie au MoMa où la collection permanente mérite le détour. Il y en a pour tous les goûts à condition d’être « moderne » : un ciel étoilé de Van Gogh, un canevas de Mondrian, une fresque monumentale de Pollock, quelques abstractions de Malevitch et tout un étage consacré à Frank Lloyd Wright où il ne faut pas manquer les différentes esquisses qu’il avait imaginées pour les rondeurs du Guggenheim à quelques kilomètres d’ici. Cheese Cake au restaurant dans un pot où les ingrédients semblent avoir été placés dans le désordre et en dépit de nos habitudes. Les avis sur cette nouvelle formule resteront partagés. Retour à pied vers l’hôtel en passant devant le Centre Rockefeller où nous croisons une ballerine assise, poupée en nylon que Jeff Koons a imaginé gonfler à 45 pieds de hauteur. Botero aurait aimé.

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Mercredi. Visité un cloître à la 190ème sur les hauteurs du nord de la ville. Très belles pièces du Haut Moyen-Age exposées et commentaires de qualité des curateurs. Très reposant après 2 jours et demie dans le centre ville. Aller-retour en métro ligne A, déjeuner à Central Park là où Harry aurait pu rencontrer Sally, l’après-midi au Frick, homme d’argent qui a laissé une impressionnante collection d’art des 18ème et 19ème siècles.

HAMILTON

Manhattan c’est aussi la vie nocturne autour de la 42ème rue où les salles de spectacles ne désemplissent pas. Les queues se forment dans les rues sur des dizaines de mètres une heure avant le début du spectacle. Notre premier spectacle : « Hamilton ». C’est l’histoire des pères de la Nation (Washington, Jefferson, Madison et l’Antillais d’origine écossaise, Alexander Hamilton) chantée en Rap par des acteurs noirs ou hispaniques. Les sujets abordés sont dans l’air du temps : qui du pouvoir fédéral ou des états fédérés doit avoir la main ? Et par extension, les Américains doivent-ils rester ouverts sur le monde ou doivent-ils se retirer dans leur coquille ?

BETTE MIDLER

Seconde soirée en compagnie de l’inoubliable Bette Midler dans « Hello Dolly ». Elle avait entamé sa carrière ici il y a 50 ans dans un « Violon sur le Toit » et, à 71 ans, elle connaît toutes les ficelles. On rit, on pleure, et tout au long du spectacle et au moment du rideau, tous autant que nous sommes, bourgeois profondément bienséants et bien pensants, nous perdrons complètement le sens de la mesure. Pas sûr que nos enfants nous comprendraient mais on devrait faire cela plus souvent. Manhattan dans tous ses états …

 

 

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A propos newdavid

La vie est un long fleuve tranquille
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2 commentaires pour Manhattan

  1. janie LAVIOLETTE dit :

    Bette Midler encore sur scène, elle a mon âge!!! chapeau, je l’ai tjs appréciée
    beau séjour à New-York, une ville que j’adore-
    A bientôt – merci

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